• Le concert - Le quatuor

     

     

    Introduction (Jean XVI, 32-33) dernier discours de Jésus aux apôtres

    Voici venir le temps (et il est déjà venu) où vous serez dispersés chacun de votre côté comme les pierres d’un scorpion et vous me laisserez seul. Mais je ne suis pas seul car le Père est avec moi. Je vous dis tout cela pour que, en moi, vous ayez la paix. Le monde essaye de vous écraser ; mais ayez confiance, j’ai vaincu le monde.

     

     Introduction : quatuor 76, Maestoso ed Adagio en ré mineur

     

    Première parole

    Ils prirent donc Jésus. Et il sortit, portant sa croix, et vint au lieu dit « du Crâne » – en hébreu Golgotha – où ils le crucifièrent, ainsi que deux malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche. Et Jésus disait : Père, pardonne-leur. Ils ne savent pas ce qu’ils font. » (Jn 19, 17-18 ; Lc 23, 33-34)

    La première parole de Jésus en croix est un pardon non qu’il accorde, mais qu’il demande. L’offense faite par les hommes qui l’ont ainsi maltraité ne le concerne pas lui seul, en effet, mais elle atteint le Père de tout amour, elle atteint Dieu. C’est lui, Dieu, qui a voulu donner au monde son Fils, une part de lui-même, à l’humanité, pour lui faire entendre le sens de ce qu’elle est et la façon dont elle peut, sur la terre, réaliser son bonheur. Il a envoyé son Fils, le Verbe, sa Parole, qui en prêchant et en agissant, en guérissant et en bénissant, en relevant et en aimant, a montré à tous ce qu’est une humanité accomplie. Mais on a fait taire le Verbe, on a voulu le faire périr au terme d’un procès tronqué et le réduire au silence, alors qu’il portait la Parole de Vie. A travers lui, c’est le Père lui-même qui est rejeté, c’est Dieu même qui est exclu, le Dieu d’amour et de paix – on lui a préféré la violence, la rancoeur et la haine. L’agonisant, pourtant, se fait encore et par amour l’avocat de ses bourreaux : « Père, pardonne-leur, pardonne leur ignorance. » La première parole du Christ en croix est une plaidoirie pour les coupables que nous sommes tous, recrucifiant sans cesse le Dieu d’amour, des coupables qui s’ignorent et « ne savent pas ce qu’ils font. »


    L'oeuvre par le Quatuor de l'Orchestre Hainaut-Picardie

     Sonate n°1 : quatuor 76, Largo en si bémol majeur

     

    Deuxième parole

    L’un des malfaiteurs suspendus à la croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi. »  Mais l’autre le reprenant déclara : « Tu n’as même pas la crainte de Dieu, alors que tu subis la même peine ! Pour nous, c’est juste, nous payons nos actes ; mais lui, il n’a rien fait de mal. »  Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras inaugurer ton Règne. » Et Jésus lui dit : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis. » (Lc 23, 39-43)

    Après le pardon, voici la promesse. Et c’est à un coupable condamné à mort que Jésus promet d’être avec lui, le jour même, au Paradis. A partir de la Croix, ce ne sera point en arguant de sa justice ou de son observance que l’on méritera le salut de Dieu, mais, dans la reconnaissance sereine de son péché, en appelant de son manque et de son creux comme le larron du Golgotha : « Jésus, souviens-toi de moi. » Ce n’est pas le moindre retournement dans ce « jugement du monde » : l’auto-justification n’y a plus de place, plus de valeur, on ne comptera désormais que sur l’amour exprimé depuis le haut du poteau d’infamie.

     

    L'oeuvre par le Quatuor de l'Orchestre Hainaut-Picardie

      Sonate n°2 : quatuor 77, Grave e Cantabile en ut mineur

     

    Troisième parole

    Près de la Croix de Jésus se tenaient sa Mère et la soeur de sa Mère, Marie, femme de Clopas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa Mère et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa Mère : « Femme, voici ton fils ». Puis il dit au disciple : « Voici ta Mère. » Et, à partir de ce jour-là, le disciple la prit chez lui. (Jn 19, 25-27)

    Dans l’Evangile de Jean, Marie n’est jamais appelée autrement que « la Mère de Jésus », comme si l’évangéliste voulait insister sur sa seule fonction de maternité. Quant au « disciple que Jésus aimait », il s’agit peut-être de Jean lui-même, mais plus probablement est-il la figure de tout disciple qui se tient au pied de la Croix, la figure de chacun d’entre nous. C’est à chacun de nous que Jésus ce soir donne sa Mère pour qu’elle devienne notre Mère et que nous la prenions chez nous, de même qu’il nous donne à elle. Ainsi, comme dit Maître Eckhart, ce qui est arrivé une fois dans l’histoire des hommes, la prodigieuse naissance de Dieu dans l’humanité par le consentement d’une femme de Palestine, ainsi cette nativité recommence-t-elle pour chacun de nous dans ce don fait à la Croix. La nouvelle naissance, la naissance de Dieu en chacun de nous – pour parler encore comme Maître Eckhart -, la vie spirituelle, deviennent possibles depuis que Jésus nous a donné sa Mère pour l’enfanter en nous.

     

    L'oeuvre par le Quatuor de l'Orchestre Hainaut-Picardie

    Sonate n°3 : quatuor 78, Grave en mi majeur

     

    Quatrième parole

    A partir de la sixième heure, l’obscurité se fit sur toute la terre, jusqu’à la neuvième heure. Et vers la neuvième heure, Jésus poussa un grand cri : « Eli, Eli, lamma sabachtani ? » C’est-à-dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 26, 45-46)

    Ce cri est le premier verset d’un psaume, le psaume 21, qui dit la détresse du Peuple exilé en racontant les souffrances épouvantables d’un homme crucifié. Les détails de ces souffrances sont horribles : la soif, la déchirure des ligaments, les moqueries, tout y est avec un réalisme précis. Pourtant, la finale du psaume est remplie d’espérance, et commence par « Tu m’as répondu, et je proclame ton nom parmi mes frères, je te loue en pleine assemblée. » Le psalmiste sait que Dieu mettra fin à l’injustice de l’exil. Tandis qu’il est sur la Croix, Jésus a donc lancé ce cri d’un psaume pour dire sa détresse : peut-être faut-il entendre qu’en citant le premier verset de ce psaume, il incluait aussi sa finale remplie d’espoir. Mais plus sûrement a-t-il d’abord voulu dire son sentiment d’abandon, « en un grand cri », dit l’évangéliste. Nombreuses sont nos occasions de nous sentir abandonnés de Dieu – les deuils, les maladies, les drames pour lesquels nous ressentons notre impuissance, au point de douter même de la présence, de l’existence de Dieu. Rien n’est plus contemporain que ce hurlement du Christ crucifié, du Dieu incarné qui crie dans le ciel vide son athéisme et son effroi.

     

    L'oeuvre par le Quatuor de l'Orchestre Hainaut-Picardie

    Sonate n°4 : quatuor 79, Largo en fa mineur

     

    Cinquième parole

    Après cela, sachant que désormais tout était achevé, et pour que l’Ecriture fût parfaitement accomplie, Jésus dit : « J’ai soif. » (Jn 19, 28)

    On sait que les condamnés à la crucifixion mouraient, entre autres, de soif – le supplice était fait pour. Comme toujours l’évangile de Jean frappe par son réalisme et par sa capacité à faire pressentir, par-delà les émotions ou les sentiments historiques, un sens spirituel. Jésus expirant a certes soif d’eau, tout son corps le réclame, mais il a aussi soif de tout ce qu’il est venu annoncer, et que son procès tronqué semble lui refuser, et peut-être à jamais refuser au monde. La justice, d’abord – n’avait-il pas dit, au début de son enseignement, « Heureux les assoiffés de justice » ? La paix. La réconciliation et la miséricorde. La douceur et la patience. La pauvreté du coeur et la proximité matérielle et spirituelle avec les pauvres. Un monde enfin acquis à des valeurs autres que celles de la perpétuelle compétition, de la rivalité sanglante, un monde non pas béat, mais solidaire dans ses progrès techniques et matériels. Un monde qui, deux mille ans après, reste à bâtir, et dont le manque assoiffe encore ceux qui se retrouvent au pied de la Croix.

     

    L'oeuvre par le Quatuor de l'Orchestre Hainaut-Picardie

    Sonate n°5 : quatuor 80, Adagio en la majeur

     

    Sixième parole

    Un vase était là, rempli de vinaigre. On mit autour d’une branche d’hysope une éponge imbibée de vinaigre et on l’approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : Tout est accompli. » (Jn 19, 29-30)

    Jésus avait déclaré, au début de son enseignement, qu’il était venu non pas abolir la Loi, mais la « remplir », l’ « accomplir ». Et cet accomplissement survient sur la Croix. Car la Loi, si elle n’était remplie d’amour, serait un catalogue d’obligations extérieures, incapables de changer vraiment le coeur humain et d’en faire un coeur aimant. Les légalistes de tous les temps et de toutes les religions − ou d’aucune d’entre elles − auront beau se rengorger et se vanter de leur observance, ils risqueront toujours d’être fiers d’eux-mêmes jusqu’au mépris des autres, et méprisants pour ceux qui ne sont pas comme eux, pris dans les contrefaçons de la vertu. Jésus n’a cessé de condamner cette attitude suffisante, chez les Pharisiens et les Scribes de son temps, et cela suffit pour qu’il les ait condamnés chez les Pharisiens et les Scribes de tous les temps. C’est du reste probablement l’un des vrais, des profonds motifs de sa condamnation à mort. Il savait le risque qu’il courait en voulant non pas abolir la Loi, mais la remplir d’amour – tous les intégristes le stigmatisent, et le mettent en croix, même lorsqu’ils se réclament de lui. La vie terrestre de Jésus peut bien être achevée, mais désormais toute vie terrestre peut s’emplir jusqu’à déborder de la puissance de l’amour.

     

    L'oeuvre par le Quatuor de l'Orchestre Hainaut-Picardie

    Sonate n°6 : quatuor 81, Lento en sol mineur

     

    Septième parole

    Le soleil s’éclipsant, l’obscurité se fit sur la terre entière. Le voile du Sanctuaire se déchira par le milieu et, jetant un grand cri, Jésus dit : Père, entre tes mains je remets mon esprit. » (Lc 23, 44-46)

    La dernière parole du Christ en croix est une parole de confiance. Dieu n’habite plus une maison faite de main d’homme : le voile du Temple est déchiré, Dieu n’est plus dans aucun sanctuaire. Dieu est en cet homme qui a conduit jusqu’au bout le combat de la foi, le combat de l’amour. Il a pardonné à ses bourreaux. Il a promis la vie éternelle aux coupables aussi bien qu’aux innocents. Il a offert à tous la maternité de sa propre Mère pour enfanter chacun à la vie divine. Il a hurlé dans la nuit le doute et la peur de tous les hommes confrontés à l’injustice et à la mort. Il a crié sa soif d’une humanité enfin libre. Il a accompli sa destinée, sa mission, son devoir d’être à la fois Dieu pleinement et homme pleinement. Il n’a plus qu’à faire le saut que nous devrons tous faire un jour, au moment ultime, ce saut dans l’inconnu, cette espèce de confiance les yeux fermés − ou enfin ouverts −, qu’à travers tous les âges du monde on appelle : la foi.

     

    L'oeuvre par le Quatuor de l'Orchestre Hainaut-Picardie

     Sonate n°7 : quatuor 82, Largo en mi bémol majeur
    Terremoto : Fin du quatuor 82, Presto e con tutta la forza en ut mineur
     

     

    Le concert et les artistes

     

    Le quatuor de l'Orchestre Hainaut-Picardie

     

    Le concert et les artistes

    (de gauche à droite)

     

    Isabelle Scoubeau, violon

     

    Isabelle Scoubeau commence l'étude du violon à l'âge de 8 ans à Soignies dans la classe de Francis Deschamps. En 1988, elle entre au Conservatoire royal de Mons dans les classes de Ph. KOCH (pour le violon) et C. VINCHENT (pour la musique de chambre). Elle y obtient ses 1ers prix et diplômes supérieurs avec grandes distinctions.

    En 1992, elle entre en tant que violoniste à l'Orchestre royal de Chambre de Wallonie. Elle donne également cours de violon dans plusieurs établissements : Académies de musique de Soignies, d'Enghlen, de Rixensart, et l'école Fréquence musicale.

    En 1995, elle se fait connaître en tant qu'altlste.

    Actuellement, elle consacre tout son temps à !'Orchestre royal de Chambre de Wallonie comme violoniste ou altiste, et dans différents groupes de musique de chambre, dont notamment le quintette Placevole, où elle occupe le poste d'altiste.

    Elle joue un violon moderne Alexandre Breton, et un alto Hilaire Darsche.

     

     

    Nicole Auglaire, violon

     

    Nicole Auglaire suit différentes formations :

    • Conservatoire royal de Bruxelles, 1er prix de solfège
    • Conservatoire royal de Bruxelles (section néerlandophone), licence en violon (diplôme supérieur) dans la classe de C. Quatacker, V. et I. Oïstrakh
    • Conservatoire royal de Mons, 1er prix de clarinette (classe de Gaston Bocquillon) et diplôme supérieur de musique de chambre, méthodologie de la clarinette et du violon

    Elle occupe de nombreuses fonctions :

    • Chef d'harmonie à la Fanfare d'Ollignies pendant 12 ans
    • Chef d'un orchestre de jeunes (The Wln­ners à Meslin-l'Evêque) pendant 5 ans
    • Professeur d'instrument durant les stages d'été
    • Clarinettiste à l'Orchestre de la Radlo ainsi qu'au Brussel Festival
    • Violoniste au Palais des Beaux-Arts de Charleroi
    • Violoniste de variété - Enregistrement sur CD d'œuvres pour clarinette
    • Concertmeister de l'Orchestre Mosan durant 3 ans
    • Intérim dans l'Enseignement traditionnel et spécial comme professeur de musique (Decroly et Institut Notre Dame à Anderlecht)
    • Intérim en académie comme professeur de clarinette/saxophone (Rixensart, Molenbeek. Binche, Tilff, Ath, Quevaucamp, Tournai)
    • Responsable d'une école de musique privée depuis 13 ans à Watermael-Boistfort
    • Professeur de clarinette/saxophone à l'Académie de musique de Nivelles (sections Genappe et Braine-le-Chateau)
    • Professeur de violon à l'Académie de musique de Quaregnon
    • Chef de musique de la Fanfare Royale d'Enghien.

     

    Danielle Vandenbergh, violon alto

     

    Danielle Vandenbergh obtient le 1er prix d'alto (classe de G. Dalne) et de musique de chambre au Conservatoire royal de Mons, ainsi que le diplôme de méthodologie pour l'enseignement de l'alto et de la formation musicale. Elle suit les cours de perfectionnement pour l'alto avec T. M. Gilissen et M. Schlffer.

    Elle est professeur d'alto aux Académie de musique d’Ath, d'Anderlecht, de La Louvière et d'Enghien jusqu'en 2004.

    Altiste à l'Orchestre de Chambre « Chapelle de Lorraine », elle est également membre de l'Ensemble « Equisonance » et du quatuor « Artémis ».

    Depuis 2005, elle est directrice de l’Académle de musique et des arts de la parole d'Enghien.

    Elle joue depuis 1999 sur un alto signé Thomas Bertrand, luthier à Bruxelles.

     

     

    Chantal Zuinen, violoncelle

     

    Originaire de Charleroi, Chantal Zuinen débute l'étude du violoncelle dès l'âge de 7 ans dans la classe d'Ernest Piérard au Conservatoire de Charleroi. Elle entre au Conservatoire royal de Mons à l'âge de 12 ans et obtient d'emblée un 1er prix de solfège, auquel s'ajoutent un 1er prix de violoncelle, de musique de chambre, un 2e prlx d'harmonie écrite ainsi qu'un diplôme de méthodologie pour l'enseignement du violoncelle.

    Elle commence alors une double carrière de musicienne d'orchestre en tant que titulalre dans l'ex-orchestre de la RTBF, et comme professeur de violoncelle dans plusieurs académies de musique.

    Elle professe à l'heure actuelle à l’Académle de musique de Fleurus et se produit au sein de différents orchestres, ainsi que dans différentes formations de musique de chambre.

    Elle joue depuis 2007 sur le 1er violoncelle signé Philippe Heusghem, luthler à Charleroi. 

     

     

    Le concert et les artistes

     

     

    Texte du récitatif : Abbé Benoît Lobet, doyen d'Enghien

    Photos : Nadine Meulenyser

     

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